LIZIO PETITE CITE DE CARACTERE

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Le toponyme Lizio est une adaptation linguistique gallèse de Lizioù, pluriel du mot vieux-breton lis (devenu lez) qui signifie 'cour' dans le sens de résidence aristocratique, c'est-à-dire une place fortifiée à la plus haute époque jusqu'à une cour seigneuriale voire une cour de justice ensuite. D'après certains indices du Cartulaire de Redon, le mot lis apparait dans la documentation dès le haut Moyen-Âge puisqu'on y recense une vingtaine d'exemples dès le début du IXe siècle[2]. La chronologie du mot lis semble pouvoir être établie comme suit : probablement antérieur au IXe siècle, il fut utilisé jusqu'aux XIe et XIIe siècles.

Dans le cas précis de Lizioù qui signifient donc 'les cours', l'origine alto-médiévale du mot semble être la plus probable, plus certainement postérieure à l'époque mérovingienne. Aux VIIIe et IXe siècles, il y aurait donc eu l'établissement d'une population bretonne, sans que cela signifie obligatoirement l'absence d'établissements humains antérieurs ou même contemporains.

Malheureusement, l'état des connaissances archéologiques actuelles sur la commune ne permet pas de définir quelles furent ces 'cours' : Lizioù désigne-t-il des résidences de chefs bretons, mises en place par ceux-là même qui donnèrent le nom, ou bien des fortifications antérieures toujours en place lors de l'arrivée des bretons en Armorique ? Quoi qu'il en soit, l'hypothèse d'un rapprochement du mot Lizioù avec l'actuelle Cours des artisans, sise au bourg, est à proscrire puisque ces artisans et donc la mise en place de cette 'cour' sont largement postérieurs de plusieurs siècles.

La forme du toponyme du début du XVe siècle nous est connu grâce à la réformation générale du duché de Bretagne mandé par Jean V en 1427 dont les documents subsistants aujourd'hui mentionnent la 'chapelle dou Lisou' dans la paroisse de 'Serant'[3]. On note ici entre Lizioù et Lizio, la forme 'Lisou' encore très proche de la forme bretonne.

Les ingénieurs chargés des relevés de la feuille n°172 de la carte de Cassini datée de 1789 y ont fait figurer 'Liziot'[4]. Enfin, en août 1829, le cadastre napoléonien fait lui figurer le toponyme 'Lizio', c'est-à-dire la forme communément admise aujourd'hui.

* Le 21 mars 1882, le chanoine Joseph-Marie Le Mené de la Société Polymathique du Morbihan se rendit sur la lande de Meslan, aux confins de Lizio et de Saint-Servant, à plus de 3 000 m orthodromiques au nord/nord-est du bourg, et y repéra deux groupes de sépultures[7]. Elles ont été découvertes lorsque le propriétaire voulut enclore une partie de cette lande et qu'il s'attaqua à deux tertres faits de pierre et de terre. Le groupe auquel Joseph-Marie Le Mené s'intéressa, le plus important, comportait a priori une trentaine de sépultures ; il n'en fouilla que quatre : une était vide ; une autre révéla 'une urne funéraire avec des cendres placées sur une couche de mousse (elle fut cassée par des enfants), et à l'autre extrémité des bracelets en bronze de différentes grosseurs, et quelques fragments de poterie'[8] ; une troisième sépulture contenait de la terre noirâtre sur une épaisseur de quelques centimètres (qu'il supposa être issue de la composition d'un corps), ainsi que quelques tessons éparses de poterie, et surtout une étrange tige de bronze de 14 cm de long pour 0,7 cm de diamètre (cf. le croquis de Louis Marsille ci dessous) ; enfin, la dernière tombelle fouillée ne donna rien.

* En 1882, Joseph-Marie Le Mené crut voir dans la disposition de ces nombreuses tombelles, 'un champ de bataille, où les morts ont été inhumés ou brûlés à l'endroit même où ils sont tombés'. Cependant, des études plus récentes ont mis en évidence que ces structures funéraires par groupement de tombelles étaient assez courantes dans les landes morbihannaises puisqu'on en recense dans une vingtaine de communes[9]. Joseph-Marie Le Mené appela de ses vœux la poursuite des fouilles en 1882, cependant, il ne semble pas qu'il y ait eu des fouilles plus poussées ; sans doute, le propriétaire a-t-il ensuite détruit ce champ de sépultures, par le défrichement et la mise en culture de l'ancienne lande, car en effet, la 'pauvreté [de ces petits tertres funéraires (du point de vue du mobilier)] a fait qu'ils ont été délaissé et qu'il y a eu peu de fouilles soignées avant leur destruction'[

En 1922, le dossier archéologique fut repris par Louis Marsille[12], également dans le cadre de recherches de la Société Polymathique du Morbihan. Il put alors étudier le mobilier, notamment les bracelets, les inventorier et en préciser la datation, permettant par là la datation des sépultures : 'le fragment de poterie et [deux des bracelets] permettent d'attribuer les tombelles de Lizio à l'une des dernières phases du second âge du fer', c'est à dire La Tène finale, entre le IVe siècle av. J.-C. et le début du Ier siècle ap. J.-C.

Abordons d'abord rapidement le contexte général de l'extrême fin de la Protohistoire armoricaine (fin du Ier siècle av. J.-C.). Lizio se situe sur le territoire de la cité gauloise des veneti qui se soulevèrent contre Rome en 56 av. J.-C., et à propos desquels Jules César dit dans ses Commentaires sur la Guerre des Gaules qu'il était le 'le peuple de beaucoup le plus puissant de toute cette côte maritime.'[15] ; bien entendu, il n'est pas certain que cette remarque soit totalement juste, et il est encore moins certain que les vénètes de l'actuel Lizio soient concernées par une quelconque puissance maritime. Ensuite, la véritable organisation ou réorganisation du territoire apportée par Rome en Gaule, et petit à petit accompagnée de modifications culturelles, ne se mit en place qu'à parti du règne d'Octave Auguste en 27 av. J.-C[16].

Pour comprendre l'histoire antique de Lizio, on ne peut se référer à aucun texte, et il nous faut nous résigner à n'avoir que des connaissances éparses mais attestant d'une réelle présence de peuplement vénète, de surcroit au contact de l'Empire romain. Pour cela, il faut se tourner vers l'archéologie et les vestiges des populations gauloises et gallo-romaines qui ont pu être découverts[17].

* Premièrement, évoquons les gisements gallo-romains dont deux nous sont connus par prospection archéologique ; ils révèlent dans les deux cas des restes de tegulae (tuiles plates) qui ne permettent pas l'identification d'une villa, mais qui attestent l'existence d'un établissement gallo-romain postérieur à la fin du Ier siècle ap. J.-C. Le gisement de Magois, à 500 m au nord de la chapelle de Sainte Catherine (XVIIe siècle), et à environ 2 660 m orthodromiques à l'Est/Nord-Est du bourg, a fourni des restes de tegulae et des tessons de céramique commune. Un autre gisement a été inventorié au Bego (500 m orthodromiques au Nord-Est du bourg) et a fourni de 'nombreuses tegulae et des briques, des fragments de bronze, des scories de fer et une monnaie en bronze très oxidée'[18]. Il parait intéressant de remarquer qu'un calvaire de 1937 se dresse aujourd'hui au Bego.

* Ensuite, il nous faut considérer d'autres vestiges gallo-romains qui paraissent nombreux sur le territoire de Lizio : il s'agit des ossaria. Un ossarium est un monument funéraire gallo-romain d'une hauteur comprise entre 60 et 100 cm, pour un diamètre compris entre 40 et 50 cm, destiné à recueillir une urne cinéraire d'argile ou de verre - se référer au schéma simplifié ci-dessous, inspiré des travaux de Joël Lecornec[19]. Le monument semble avoir été privilégié par les vénètes en Armorique, à la différence des autres cités ; aussi, il semble avoir été davantage un monument de milieu rural. Fûts intacts ou abimés, couronnes entières ou brisés, les restes de quatorze monuments différents ont donc été inventoriés : ces restes se trouvent majoritairement au bourg, mais aussi aux villages des Castillez, de Launay-Pentier, du Hangouët, du Val Joint, du Val Richard ou de la Ville Stephant

Un des vestiges patrimoniaux de l'actuel bourg de Lizio est formé par un ensemble d'habitations et de dépendances datant des XVIIe et XVIIIe siècles s'ordonnant autour d'une cour centrale aujourd'hui appelée 'Cour des artisans'. C'est un écho architectural à la prospérité de l'industrie textile bretonne de l'époque moderne. Une simple comparaison entre le cadastre napoléonien et le cadastre actuel montre que les bâtiments de la cour ont été fortement remaniés depuis le début du XIXe siècle jusqu'à modifier quelque peu la forme même de la cour. Cependant, subsistent encore aujourd'hui quelques caractéristiques architecturales des XVIIe et XVIIIe siècles.

* Depuis mai 1784, le prêtre de la trève de Lizio était un certain P.-M. Jamet[21]. D'après un indice archéologique (une inscription sur une croix installée au nord-ouest du bourg), il aurait été exécuté en septembre 1792. Les archives textuelles corroborent cette date, car en sa qualité de curé, le 22 août 1792, P.-M. Jamet enregistrait le décès de Mathurin Gléon : c'est le dernier acte liziotais auquel il apposa sa signature (cf. ci-dessous), puisque l'acte suivant daté du 26 novembre 1792 et enregistrant le décès de Gildas Rouxel, n'est plus visé par le prêtre Jamet mais par le maire de Lizio, un certain M. Faucheux.

* Cet évènement de l'histoire liziotaise de la fin du XVIIIe siècle s'inscrit plus généralement dans l'histoire de France qui permet de comprendre comment s'est formée Lizio en tant que communauté civile indépendante. D'abord, si un décret du 14 décembre 1789 organise les municipalités, les premières élections municipales se déroulent dans le Morbihan de janvier à mars 1790[22]. D'après Joseph-Marie Le Mené, Lizio devint une commune du canton de Sérent cette même année[23] : elle est donc dotée d'une administration propre, c'est-à-dire d'un maire présidant un conseil municipal. Parallèlement, le prêtre Jamet est connu traditionnellement comme ayant été exécuté pour avoir refusé de prêter serment à la Constitution civile du clergé (voté par l'assemblée le 12 juillet 1790) à la fin de l'été 1792, au moment même où les réfractaires sont déclarés passibles de déportation (26 août 1792) ; d'après les statistiques historiques, le climat général du Morbihan était pourtant davantage celui d'un soutien aux prêtres réfractaires dans les paroisses, et on sait en effet que le district de Ploërmel, auquel appartenait alors Lizio, comptait 91% de prêtres réfractaires en février 1791[

* Malgré l'aspect caricatural de la situation, on imagine facilement les rivalités qui ont pu alors se développer entre le prêtre Jamet et le maire (certainement M. Faucheux, élu en 1790), tous deux investis d'un pouvoir et d'une ascendance sur la communauté liziotaise : l'un, représentant du pouvoir religieux dans la trève de Lizio appartenant à la paroisse de Sérent, et refusant la Constitution civile du Clergé, l'autre fraîchement élu à une nouvelle fonction, reflétant une nouvelle forme d'autorité sur une communauté dotée d'une récente autonomie.

* Cet épisode révolutionnaire liziotais n'est pas exceptionnel bien que la tendance générale dans l'Ouest de la France fut celle d'un soutien de la population aux prêtres réfractaires (d'ailleurs dans le Morbihan, 98 prêtres furent élus aux diverses charges électives[25]). Quoi qu'il en soit, l'exécution de P.-M. Jamet apparait comme le summum de la crise liée aux nouveaux enjeux de pouvoirs suscités à un niveau local par la Révolution Française et la refonte de la société.

* C'est au cœur de conflits certains entre différents partis que la Révolution mit face à face, que Lizio, elle-même, naquit en tant que communauté à part entière et autonome, puisqu'elle ne devint une paroisse autonome qu'en 1802[26]. L'autonomie civile vint avant l'autonomie religieuse. Enfin, le 14 septembre 1890 on érigea une croix avec l'inscription suivante, 'martyr de la Révolution' : est-ce là le témoignage d'une rancœur restée longtemps vive, encore un siècle après l'exécution du prêtre ? Ou bien l'expression d'un mouvement plus commun de commémoration de la Révolution par l'Église ou même par la troisième République si attentive à la gestion mémorielle ? Aujourd'hui cette croix a été déplacé, mais une pierre portant une inscription rappelant la mort de P.M. Jamet reste érigée au prétendu endroit de l'exécution du prêtre Jamet, à la limite nord du récent lotissement du clos du verger.

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