LE FAMILISTERE GODIN de Guise

Illustration de l'annonce

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Présentation

Le fondateur du Familistère n'est pas un industriel ou un bourgeois philanthrope. Si Jean-Baptiste-André Godin fonde le Familistère c'est parce qu'il est le fils d'un artisan de village, serrurier lui-même, parce qu'il est un parfait autodidacte qui se fait génial entrepreneur et qui se détermine de façon originale socialiste et fouriériste. Godin devient réformiste et expérimentateur parce qu'il a une perception aigu des transformations de la société de son temps, parce qu'il croit que l'action économique et sociale peut en corriger les effets néfastes, parce qu'il est convaincu qu'un progrès social peut accompagner le progrès technique et scientifique, enfin parce qu'il concilie l'expérimentation des moyens de créer les conditions du progrès avec la quête de valeurs absolues - le Travail, la solidarité, l'équité, la liberté, le devoir.
J.B.A. Godin est un véritable héros du XIXme siècle et sa biographie éclaire l'histoire de la conception et de la réalisation du Palais social.

La secrétaire de J.-B.-A. Godin s'enthousiasme pour le projet du Familistère. J.-B.-A. Godin et sa collaboratrice se marient en 1886. La discrète Marie Moret est une femme émancipée, cultivée, engagée. Elle occupe une place importante dans la conduite des affaires du Familistère, dont elle dirige les services d'éducation. Elle tient sans aucun doute un rôle déterminant dans l'intimité de l'appartement du Palais social pour l'élaboration des décisions. Marie Moret devient administratrice-gérante de la société du Familistère à la mort de son époux ; elle constitue la mémoire du Familistère et en organise la promotion en France et à l'étranger.

Chronologie
1817 Le 26 janvier, 5 heures du matin, naît à Esquéhéries (Aisne) Jean-Baptiste-André, fils de Jean-Baptiste Godin, serrurier, et de Marie-Joséphe-Florentine Degon, neveu de Pierre-Joseph Godin, serrurier à Boué (Aisne). Godin sera l'aîné d'un frère et d'une soeur.

1834 Pour perfectionner son métier, JBA Godin séjourne à Paris (1834), puis voyage dans le midi de la France (oct. 1835 - sept. 1837) en compagnie de son cousin germain Jacques-Nicolas Moret, serrurier et forgeron.

1837 En septembre, Godin est de retour à Esquéhéries dans l'atelier de serrurerie-fumisterie en tôle de son père.

1840 Le 19 février, JBA Godin épouse Esther Lemaire ; le 20 février, Godin crée un atelier de serrurerie à Esquéhéries avec la somme de 4000 F offerte pour leur mariage ; le 21 novembre, naît Emile Godin, fils de JBA et d'Esther.
Le 27 avril, à Brie-Comte-Robert (Seine-et-Marne), naît Marie-Adèle Moret, fille de Jacques-Nicolas Moret, cousin de JBA Godin et de Marie-Jeanne Philippe ; Marie est la soeur cadette d'Amédée et sera l'aînée d'Emilie.

1842 JBA Godin découvre le fouriérisme dans un article du Guetteur de Saint-Quentin.

1844 Godin se rend à Paris pour consulter les plans et devis d'un projet de Phalanstère.

1846 Godin transporte sa manufacture à Guise ; il emploie son frère Barthélémy comme voyageur de commerce.

1848 Du 22 au 24 février, JBA Godin se trouve à Paris à l'heure de la Révolution ; avril 1848 : échec de Godin, candidat républicain phalanstrien aux élections législatives d'avril 1848 ; le 16 juillet, Godin publie dans le Courrier de Saint-Quentin une profession de foi 'Je suis Phalanstérien' ; le domicile de JBA Godin est perquisitionné par la gendarmerie à la recherche d'armes et de munitions.

1850 Vers 1850, Barthélémy Godin, frère de JBA, établit à Etreux (Aisne) une manufacture d'appareil de chauffage avec la raison sociale 'Godin jeune'.

1853 Godin adresse à l'Ecole sociétaire un mémoire sur le chauffage d'un Phalanstère ; il souscrit pour 1/50e du capital de la société de colonisation du Texas fondée par Victor Considérant.

1854 Godin crée une manufacture Forest près de Bruxelles.

1855 Godin propose à son cousin Jacques-Nicolas Moret de prendre le poste de directeur des ateliers de la manufacture de Guise.

1856 Emile Godin occupe un emploi dans l'usine de son père ; J.-N. Moret s'installe à Guise avec sa famille ; sa fille Marie est envoyée Bruxelles reprendre ses études.

1857 JBA Godin constate l'échec de la société de colonisation du Texas ; Godin acquiert les premiers terrains dans la boucle formée par l'Oise au nord de Guise, en contrebas de la manufacture.

1860 Marie Moret s'installe au Familistère.

1862 Esther Godin née Lemaire demande la séparation.

1865 Godin figure parmi les 137 premiers actionnaires de l'Ecole spéciale d'architecture (Paris) aux côtés de Ferdinand de Lesseps, Emile Pereire, Eugène Flachat, Dupont de l'Eure, Anatole de Baudot, Eugène Viollet-le-Duc ou Emile Muller ; la dissolution de la communauté entre les époux Godin-Lemaire est prononcée le 22 mars.

1866 Début du procès en divorce de Godin et Esther Lemaire.

1870 Godin achève la rédaction de Solutions sociales en juin ; Godin est nommé président de la Commission municipale de Guise pendant la guerre (22 septembre 1870 - 1871) ; la commission proclame la République le 22 septembre.

1871 Le 4 janvier : Godin est pris en otage par les Prussiens qui occupent le Familistère. Le 8 février, Godin est élu député de l'Aisne à l'Assemble nationale ; Marie Moret, devenue secrétaire et collaboratrice de Godin, accompagne ce dernier à Versailles où ils résident jusque 1875. Les deux amants pratiquent le spiritisme.

1876 Godin ne se présente pas aux nouvelles élections à l'Assemble nationale.

1877 Fin du procès en divorce avec Esther Lemaire ; JBA Godin est réélu conseiller général de l'Aisne.

1878 Godin crée l'hebdomadaire Le Devoir ; il rompt avec son fils Emile qu'il écarte de la direction des affaires de l'usine.

1880 Marie Moret, 'directrice des services de l'enfance et secrétaire du fondateur' est l'un des six premiers associés de l'Association coopérative du Capital et du Travail adhérant aux statuts le 13 août ; elle est membre du conseil de gérance de la société en 1880-1881 ; les 'Hommes d'Aujourd'hui' publient un premier portrait de JBA Godin en fondateur du Familistère.

1881 Esther Lemaire meurt le 31 août.

1882 JBA Godin reçoit la croix de Chevalier de la Légion d'Honneur et les palmes d'Officier d'Académie, le 24 décembre à Saint-Quentin des mains du Ministre du Commerce.

1883 Les 'Hommes d'Aujourd'hui' publient un second portrait de JBA Godin en écrivain ; Godin est battu aux élections cantonales.

1886 JBA Godin et Marie Moret se marient à la mairie de Guise le 14 juillet.

1887 Le 30 juin, JBA Godin rédige son testament par lequel il légue 3.100.000 F à l'Association du Familistère.

1888 Emile Godin meurt le 2 janvier ; JBA Godin meurt le 15 janvier ; les funérailles civiles du fondateur sont célébrées le 19 janvier ; le même jour, Marie Moret est nommée administrateur-gérant de la société ; le 29 avril, la société décide d'ériger une statue à l'effigie de JBA Godin sur la place du Familistère et un monument funéraire sur sa tombe ; Marie Moret démissionne le 1er juillet de la gérance ; François Dequenne prend sa succession en août à la tête de la Société.

1889 Le 2 juin a lieu l'inauguration du monument de la place du Familistère et du mausolée de Godin.

1894 En juin, le Conseil municipal de Guise décide de baptiser rue 'André Godin' la voie qui part de la place d'Armes en direction de Cambrai.

1899 Le conseil municipal de Nîmes, où le mouvement coopératif est actif, décide de nommer rue ' Godin ' l'une des rues de la ville.

1901 Publication par Marie Moret du premier volume des Documents pour une biographie complète de Jean-Baptiste-André Godin (3 volumes, 1901, 1902-1906, 1910).

1907 Le 22 septembre, a lieu Esquéhéries la cérémonie pour la pose d'une plaque commémorative sur la maison natale de Godin.

1908 Marie Moret meurt Sens le 14 avril.

1922 Le 17 septembre sont inaugurés la seconde statue de JBA Godin (l'originale est brisée en mai 1918) et le monument aux morts du Familistère en 1914-1918.

L'apprenti-serrurier.

Jean-Baptiste-André Godin nait en 1817 à Esquéhéries, petit village de l'Aisne situé 20 km au nord de Guise. C'est un enfant joueur mais fait 'esclave' de sa petite soeur, désireux d'apprendre mais déçu par l'école, croyant fervent mais détourné de la pratique religieuse par la maladresse du curé du village. Fils d'un modeste artisan serrurier, il doit très tot apprendre le métier paternel malgré son ambition de suivre des études supérieures qu'il forme en lisant les livres de colportage achetés avec ses économies. Le jeune Godin est un adolescent imaginatif : ce qui lui fait espérer une carrière dans les arts manuels. Il conçoit en 1835 de se perfectionner en théorie et en pratique hors de l'atelier paternel et décide de partir pour Paris puis dans le midi de la France avec son cousin germain Jacques-Nicolas Moret, serrurier comme lui.

Cette période d'apprentissage professionnel de 1834 à 1837 est décisive dans la formation intellectuelle et politique de Godin. Ouvrier, il découvre par lui-même les effets néfastes du libéralisme économique sur la valeur du travail ; il prend conscience de la 'question sociale' - la pauvreté des classes populaires dans le bouleversement de l'industrialisation. Il assiste aux discussions entre ouvriers, écoute les orateurs traiter de justice, de morale ou de réforme sociale. Critique et pragmatique, Godin ne retient rien d'assuré ou de réalisable dans les exposés des doctrines communistes ou saint-simoniennes. Quand il rentre Esquéhéries, Godin n'emporte pas de certitude politique ou professionnelle mais il a pris une mesure du monde et de ses propres capacités.

Chef d'entreprise et 'Phalanstérien'

De 1840 à 1848 le cours des évènements se précipite : Godin se marie, crée une entreprise, découvre le fouriérisme, installe sa manufacture à Guise, s'engage en politique. Jean-Baptiste-André Godin épouse en février 1840 Esther Lemaire dont il aura un fils unique, Emile (1840-1888). Grâce au pécule offert par les parents du jeune couple, il ouvre la même année un atelier de fabrication d'appareils de chauffage en fonte de fer. En 1842, Godin lit un compte-rendu de la doctrine de Charles Fourier (1772-1837) dans un journal local, le ' Guetteur de Saint-Quentin '. C'est une révélation. Le jeune industriel trouve dans l'idée de l'association du capital et du travail la formule de la réforme sociale, une boussole. Godin soutient dès lors 'l'école sociétaire' dirigée par le disciple de Fourier, Victor Considérant. Dés 1843, il devient actionnaire de La Démocratie pacifique (1843-1851), principal périodique fouriériste. Il se lie durablement avec certains socialistes comme François Cantagrel. En 1846, Godin transfert à Guise sa fonderie qui emploie seulement quelques ouvriers. En avril 1848, Godin est suffisamment engagé aux côtés des fouriéristes pour se présenter sous l'étiquette de 'Phalanstérien' aux élections législatives l'Assemblée nationale. L'échec électoral de Godin sera déterminant pour l'expérience de Guise.

Godin ne siègera pas l'Assemblée et pourra se consacrer au développement de la manufacture de Guise ; même s'il est inquiété après la répression du mouvement populaire de juin 1848, il n'aura pas à subir l'exil auquel sont contraints de nombreux républicains avec le coup d'Etat du prince président Louis-Napoléon Bonaparte le 2 décembre 1851.

L'expérimentateur

A partir de 1848, les espoirs déçus des socialistes français vont se reporter sur les Etats-Unis. L'émigration en 'Icarie' organisée par le communiste Etienne Cabet débute en février 1848. En 1853, l'école sociétaire dispersée fonde la société de colonisation du Texas. Godin souscrit pour 1/50e du Capital de cette Société. Le projet est placé sous la conduite de Victor Considérant parti en avant-garde au Texas. En 1857, Godin constate l'échec de la colonie et l'impuissance de ses dirigeants ; malgré les dommages financiers que lui cause cette affaire, il forme le projet de tenter à Guise une expérimentation pratique des doctrines fouriéristes qu'il passe au crible de sa connaissance des réalités économiques et sociales. L'usine de Guise emploie alors 300 personnes ; depuis 1854 elle a une succursale à Bruxelles. C'est d'ailleurs dans la capitale belge que Jacques-Nicolas Moret, installé à Guise en 1856 et probablement conseillé par Godin, envoie sa fille Marie reprendre ses études après son apprentissage de lingère.

De 1859 à la guerre franco-prussienne de 1870, Godin, bientôt assisté de Marie Moret de retour de Bruxelles, se consacre entièrement la construction du Palais social, au développement de son établissement industriel et l'expérimentation progressive de l'association du capital et du travail. Godin s'installe au Familistère dès l'achèvement en 1860 du premier pavillon d'habitation. Les réticences de son épouse Esther Lemaire l'entreprise du Familistère - ' L'entreprise du Familistère était bientôt considéré comme une folie, et devenait un sujet d'amères critiques intérieures ' (Solutions sociales, 1871, p.519) - et l'intimité de Godin avec sa secrétaire Marie Moret provoque dès 1862 la séparation du couple Godin-Lemaire. La procédure de divorce et ses implications financières (' Godin-Lemaire ' est la raison sociale de la manufacture) ne s'achèvera qu'en 1877. Emile Godin (1840-1888), fils de Jean-Baptiste se trouve dans une situation inconfortable, non seulement en raison de la séparation de ses parents, mais aussi du fait de l'opposition idéologique de son père à la succession par héritage : ' L'hérédité est donc condamnée comme système de pouvoir dirigeant du Palais social ', écrit celui-ci en 1870 (Solutions sociales, 1871, p.627). N'ayant pas reconnu chez son fils les qualités requises, J.-B.-A. Godin écarte finalement Emile de la direction de l'usine en 1877 et se brouille avec lui. Marie Moret se voit confier la direction des services de l'enfance (crèches et écoles). La jeune femme vit librement avec Godin ; elle porte les cheveux courts, elle écrit avec aisance, pratique la langue anglaise. Marie Moret est l'expression de la volonté de l'émancipation des femmes au Familistère. En 1870, Godin juge l'expérience du Familistère suffisamment avancée pour proposer au public une démonstration par les faits des principes de la réforme sociale : Solutions sociales parait en 1871.

Godin & Cie

A la chute de Napoléon III, Jean-Baptiste-André Godin croit que la nouvelle République sera l'occasion d'un changement d'échelle, du passage de l'expérimentation à l'organisation nationale de la mutualité sociale. Il s'engage dans la vie publique locale et nationale : Godin sera maire de Guise, conseiller général et député de l'Aisne. Il publie un nombre important de textes vulgarisant ses idées fondamentales sur la répartition des richesses, la valorisation du travail, le mutualisme, la démocratie et le suffrage universel, l'hérédité nationale, l'habitat unitaire. Marie Moret accompagne Godin à Versailles où siège l'Assemblée Nationale. Pendant ce séjour, le couple lit les oeuvres du mystique suédois Swedenborg. L'anticlérical Godin est déiste. Il partage avec les socialistes utopistes une croyance en un Dieu transcendant et l'adhésion une religion laïque qui se confond avec le socialisme.

Godin ne se présente pas aux nouvelles élections législatives de 1876. L'expérimentateur social hors pair a été un politicien modeste de la République parlementaire. Godin conserve un mandat local de conseiller général et s'attache à construire l'avenir du Palais social : l'Association coopérative du Capital et du Travail, société du Familistère de Guise Godin & Cie est fondée le 13 août 1880. La remarquable revue hebdomadaire Le Devoir. Revue des questions sociales que Godin crée à Guise en 1878 pour diffuser l'exemple du Palais social, a une orientation internationaliste affirmée. Elle sera en particulier l'instrument de la société de paix et d'arbitrage international fondée en 1886 au Familistère.

Esther Lemaire disparaît en 1881. J.-B.-A. Godin et Marie Moret se marient civilement le 14 juillet (!) 1886. Un peu plus tôt en 1883, il reçoit la croix de chevalier de la Légion d'Honneur mais la même année est battu aux élections cantonales. La reconnaissance publique du fondateur du Familistère est mitigée. La réussite du Familistère est pourtant incontestable. En 1887, les usines de Guise et Bruxelles emploient plus de 1500 personnes ; le Palais social abrite 500 familles ; la participation, la mutualisation et finalement l'autogestion de la cité par ses habitants-travailleurs ont été développées à un point très avancé. Le 30 juin de la même année, Jean-Baptiste-André Godin rédige son testament par lequel il lègue 3.100.000 Francs à l'Association coopérative du Capital et du Travail. Il meurt en réformateur le 17 janvier 1888, deux semaines après le décès de son fils Emile. Il est inhumé en fondateur dans la partie haute du jardin d'agrément du Familistère.

Epilogue

On assiste, aussitôt après la mort de J.-B.-A. Godin, à la fabrication monumentale et littéraire de la figure du pré-fondateur. La société érige en 1889 une statue Godin sur la place du Palais et un mausolée sur sa tombe. Elle éditera après 1918 des petits bustes en plâtre pour la dévotion domestique. Marie Moret travaille inlassablement à l'édition des manuscrits de son mari. Cette entreprise commémorative contribue à forger l'identité familistérienne. Elle a indéniablement son utilité sur le plan historique mais probablement et involontairement troublé le sens du projet de Jean-Baptiste-André Godin. Godin fait l'objet d'un 'malentendu historique' écrivait avec justesse Guy Delabre en 1988 [Godin et le Familistère de Guise à l'épreuve de l'histoire, 1989], qui relevait l'absence de postérité et le caractère inclassable du personnage parmi les raisons de son oubli au XXme siècle. Godin n'impose pas une conception globale de la société ; il ne se retranche pas davantage dans la philanthropie ou le paternalisme. L'originalité et l'ampleur de son expérimentation résistent aux simplifications conservatrices ou libérales.


'Palais social' est un équivalent de 'Familistère', mais désigne aussi plus particulièrement l'ensemble des trois pavillons d'habitation élevés au centre de la cité familistérienne.

La composition urbaine générale est définie vers 1858 ; elle fixe le cadre des différentes campagnes de construction menées entre 1860 et 1880. L'organisation géométrique de l'espace s'impose à la topographie irrégulière du site. La place centrale du Familistère se trouve à la croisée de deux axes constitutifs : l'axe 'économique' est-ouest de communication avec l'usine au-delà de la rivière et l'axe ' social ' nord-sud qui va de la nourricerie au théâtre.

Sur la rive nord de la place s'élèvent les immeubles d'habitation : trois parallélogrammes juxtaposés et reliés par un angle forment le corps principal en retrait et les deux ailes du palais dont la façade qui regarde la ville de Guise se développe sur 170 mètres. Pour des raisons économiques et parce qu'une telle entreprise sociale et culturelle doit procéder par étapes, Jean-Baptiste-André Godin construit les pavillons l'un après l'autre, d'est en ouest.
Après l'achèvement du troisième immeuble en 1878, près de 350 appartements sont proposés en location aux familles des employés de l'usine sur la base d'un prix au mètre carré, variable selon l'étage et l'exposition. 1200 habitants vivent alors au Palais social. En plus des conditions financières avantageuses, les locataires bénéficient d'un confort et d'une qualité de services inégalés à cette époque dans le logement des classes populaires ou moyennes. Le Palais social n'a cependant pas que des attraits pour la première génération de familistériens. Les vertus de l'habitation collective suscitent des réticences auprès d'une population majoritairement d'extraction rurale. L'architecture et l'histoire du palais sont marquées par la tension entre la discipline collective et la liberté des individus dans l'espace commun ou la sphère privée.

Le Palais est une partie de l'apport de Jean-Baptiste-André Godin au capital de l'Association coopérative du Capital et du Travail créée en 1880. Les associés sont devenus collectivement propriétaires des immeubles tout en restant individuellement locataires de leur appartement.
Après la dissolution de l'Association coopérative en 1968, les logements du Palais social ont été mis en vente à prix modéré par Godin S.A. Les appartements ont parfois été acquis par leur ancien locataire. Des propriétaires bailleurs privés ont saisi l'occasion d'investir avec profit un capital. En une vingtaine d'années, la population du Palais social a été largement renouvelée par l'arrivée d'habitants sans lien avec le Familistère ou l'usine. Les logements ont été transformés, agrandis, pas toujours modernisés. En 2002, on recensait dans l'ensemble des trois bâtiments d'habitation 202 logements dont un tiers était vacant. Sans unité coopérative, le Palais social avait perdu son sens et son attrait.
L'espace libre compte dans l'organisation urbaine du Familistère. A l'échelle du logement, de l'immeuble ou de la cité, il remplit une fonction sanitaire, accueille les rituels communautaires et manifeste l'unité sociale.

L'espace libre est une valeur économique et culturelle : le confort domestique et collectif. Les pleins et les vides du Palais social sont rationnellement distribués sur la trame géométrique qui dirige la composition du plan.

La place du Familistère transpose la place de manœuvre des phalanges industrielles du Phalanstère rêvé par les fouriéristes. Elle matérialise la continuité entre le Palais et ses services ; elle fait l'opulence des immeubles qui la forment. La place est un vide unitaire et monumental.

La place résulte de la construction des économats à l'est, du pavillon central du Palais au nord, du théâtre et des écoles au sud. Sur la rive ouest, l'édifice symétrique aux économats, projeté en 1858, n'est pas réalisé. Deux lignes de hauts arbres sont finalement plantées pour bâtir les côtés de la place et affirmer sa géométrie.

L'espace commun du Familistère est à l'origine vierge de tout aménagement. Lorsque l'Association érige en 1889 le monument à J.-B.-A. Godin, dans l'axe des entrées du Palais et du théâtre, elle donne un centre à un espace jusque là uniforme mais ne remet pas immédiatement en cause la nudité de la place.

Cette esplanade est la grande cour de récréation des enfants des écoles, le champ des parades familistériennes ou des grandes fêtes du Palais social.
Les aménagements postérieurs à 1900 - parterres de pelouse, plantations, jardinet clôturé autour du piédestal de la statue, mobilier urbain - ont morcelé l'espace en confortant sa centralité. Ils ont finalement amenuisé l'effet monumental du Palais. Une voie de circulation piétonne puis automobile entre les portes est (côté usine) et ouest (côté ville) du Familistère s'est progressivement matérialisée pour devenir une rue affectant profondément l'unité du Palais social. Le théâtre, les écoles et les économats et même le lavoir-piscine sont désolidarisés des pavillons d'habitation.

Le monument à Jean-Baptiste-André Godin, érigé par la volonté des successeurs du fondateur du Familistère, est inauguré en 1889 avec le mausolée du Jardin d'agrément. La statue primitive en bronze est l'œuvre d'Amédée Doublemard, natif de Bohain près de Guise, auteur de la statue de Camille Desmoulins sur la place d'Armes de Guise. Elle montre Godin en sa double qualité d'industriel et de réformateur. Par un geste accueillant du bras gauche, la figure désigne le Palais et sa manufacture.

Envoyée à la fonte par l'armée allemande pendant la Grande Guerre, une réplique de la statue due au sculpteur Félix Charpentier est installée en 1922. Le piédestal est orné de deux bas-reliefs : Godin expose à son personnel les plans concernant la fondation du Familistère de Guise (1859) et J.-B.-A. Godin est nommé Chevalier de la Légion d'honneur et Officier d'Académie en 1882. Sur la façade arrière du piédestal, est gravé le plan de la partie centrale du Familistère avec l'implantation du monument sur la place.

Le développement industriel de la manufacture et le succès de la première unité d’habitation (aile gauche du Palais et économats achevés en 1860) favorisent l’ouverture rapide d’une seconde campagne de travaux. Le pavillon central du Palais social et la nourricerie-pouponnat sont édifiés entre 1862 et 1866. Le nouveau bâtiment d’habitation, dont les dispositions sont identiques à celles de l’aile gauche primitive, est le plus vaste du Palais projeté en 1858 : il comprend près de 150 appartements ; sa cour intérieur couvre une superficie de 900 m². Une horloge et un belvédère, souvenir de la tour d’ordre du Phalanstère, dominent la façade sud sur la place qui prend alors forme. La construction est achevée en 1864. Les deux bâtiments du Palais social accueillent déjà 700 habitants en 1865 et près de 900 en 1974.

Un édifice de liaison permet la communication entre l’aile gauche et le pavillon central à tous les niveaux de la construction, des caves aux combles. La circulation continue et à couvert sur les coursives dans l’ensemble du Palais satisfait d’une façon originale et pragmatique l’une des exigences de l’architecture unitaire fouriériste. Les fonctionnalités de l’habitation collective sont soigneusement étudiées ; l’ingénierie de la construction, très développée, fait du Palais une étonnante machine à habiter. La modularité des espaces habités, l’aération de la cour et des appartements, la diffusion de la lumière naturelle ou artificielle dans toutes les parties de l’édifice, la rationalisation des réseaux, l’adduction en eau, l’évacuation des déchets, la sécurité ou le confort des personnes trouvent des solutions inventives et le plus souvent efficaces.

Une épicerie et une mercerie (également quincaillerie) occupent le rez-de-chaussée de l’aile sud du pavillon central. Ils sont complémentaires des magasins logés dans les économats et permettent aux habitants de s’approvisionner sans quitter le Palais. Le service médical et la pharmacie mutualistes du Palais social sont également installés dans une salle du rez-de-chaussée du pavillon central.

Le pavillon central remplit une fonction sociale particulière. Chaque jour, les enfants du Familistère sont rassemblés dans la cour intérieure avant d’être conduits aux écoles situées de l’autre côté de la place. La cour est aussi le théâtre principal des fêtes familistériennes - la fête de l’Enfance qui a lieu en septembre à partir de 1863 et la fête du Travail célébrée le premier dimanche de mai depuis 1867.

A l’extérieur comme à l’intérieur, l’architecture du pavillon central du Palais social a été peu altérée. La mosaïque de pavement de la cour intérieure est un décor ajouté après 1918 ; des tôles de plastique ont, après 1968, remplacé le verre de la couverture de la charpente originale en bois. L’entrée nord de la cour ouvre désormais sur le parc ; elle communiquait, jusque 1918 avec la nourricerie-pouponnat du Familistère. Cet accès est encadré par deux plaques de pierre noire enchâssées dans le mur de la cour. Elles portent deux maximes gravées : « Dieu nous soit en aide. 1859 » et « Hommes soyez-nous favorables. 1859 ». Ces plaques proviennent de la cour de l’aile gauche primitive du Palais incendiée en 1914, déplacées dans le pavillon central après 1918. Elles commémorent la fondation du Familistère en avril 1859. L’appel aux hommes et à Dieu (un dieu transcendant) exprime l’espoir et l’incertitude des futurs familistériens.

Le dernier bâtiment d’habitation projeté en 1858, l’aile droite du Palais, est élevé en 1877-1878. La population du Familistère passe en 1878 à 1200 individus pour 350 familles.

La construction, qui fait face à la ville dans la perspective de la rue baptisée « André-Godin » en 1894, est jumelle de l’aile gauche primitive du Palais. Quelques innovations apparaissent dans les dispositions intérieures : les coursives de l’aile droite sont supportées par des poutrelles métalliques noyées dans la maçonnerie ; les cages d’escalier sont largement ouvertes sur la cour ; l’escalier nord-est de la cour est déplacé dans l’édifice de liaison avec le pavillon central ; les escaliers eux-mêmes sont bien plus amples et leur dessin bien plus spectaculaire qu’auparavant. La cour intérieure a conservé son beau sol original fait de grandes dalles de ciment séparées par de larges joints de dilatation et percées régulièrement de bouches d’aération circulaires équipées de grilles en fonte de fer.

Jean-Baptiste-André Godin a habité dans le Palais social dès la construction de l’aile gauche. Il déménage après 1877 au 1er étage de l’aile droite, dans un grand appartement qui occupe l’angle sud-est du quadrilatère. Après la mort du fondateur, l’appartement sera habité par les administrateurs-gérants successifs de l’Association coopérative du Capital et du Travail.

La construction primitive
Le premier immeuble d’habitation du Familistère a été construit en 1859-1860, sur les terrains situés en face de l’usine dans le faubourg au nord de la ville de Guise. L’implantation de l’édifice, tout près de l’Oise, suit un plan d’ensemble du Palais arrêté vers 1858 vraisemblablement par Jean-Baptiste-André Godin lui-même. Le pavillon constitue l’aile gauche du Palais.

Le dispositif de l’habitation familistérienne est maîtrisé dès le début des réalisations :

- la construction entièrement en briques comprend quatre niveaux plus un comble élevés sur un niveau de cave à demi remblayé ;
- les appartements sont disposés autour d’une vaste cour intérieure à charpente de bois et couverture de verre ;
- les logements des étages sont desservis exclusivement côté cour par des coursives suspendues dont la structure est faite de l’extension des poutres des planchers de chaque niveau ;
- les coursives sont accessibles par le moyen d’escaliers tournants montant de fonds en comble, logés dans chaque angle de l’édifice ;
- sur les paliers de chaque niveau d’habitation sont regroupés les services communs d’eau potable, de sanitaires et de vide-ordures ; les réseaux d’eau courante, d’eaux usées et d’évacuation des déchets ménagers sont regroupés dans les cages d’escaliers ;
- l’architecture est modulaire : des murs de refend de large épaisseur, qui intègrent les conduits de fumée et de ventilation, divisent les quatre ailes suivant une trame de 10 mètres de large ; le module de base des logements est un deux-pièces traversant (une pièce côté cour intérieure, une pièce donnant sur l’extérieur).

Le premier pavillon d’habitation, qui abrite une centaine d’appartements, est livré aux premiers locataires en août 1860. Il est complètement occupé au printemps 1861 par 350 habitants. Le coup d’essai du Familistère est un succès. Le dur apprentissage de la vie collective pour une population peu urbanisée ne sera pas dans un premier temps un frein au développement du Palais social.


La reconstruction après 1918
L’aile primitive du Palais social est incendiée le premier jour de l’occupation allemande de Guise le 24 août 1914. La reconstruction de l’édifice est conduite en 1923-1924. La nouvelle architecture est en apparence très ostensiblement différente de l’originale : des pavillons d’angle cantonnent l’édifice au sud, les façades se hérissent de balcons de pierre, des tuiles vernissées polychromes couvrent la toiture, la charpente et les coursives de la cour intérieure sont métalliques, le sol de la cour est orné d’une mosaïque. L’aile reconstruite est cependant fidèle dans ses principes au modèle familistérien : cour intérieure couverte, appartements traversants, escaliers d’angle, coursives. La principale innovation réside dans la concentration des services de propreté (eau courante, sanitaires, vide-ordures) dans l’angle nord-est du quadrilatère qui donne lieu à la construction d’une tour somptuaire à coupole.

J.-B.A. Godin avait prévu deux « cours des bâtiments d’industries domestiques » en face des pavillons de logement. Le bâtiment devant l’aile gauche du Palais social devait abriter : une boucherie et une charcuterie, une cuisine alimentaire, un restaurant, des débits de boissons et des salles de jeu, des remises, une écurie, une étable, une porcherie et une basse-cour. En face de l’aile droite, dans un second bâtiment symétrique (jamais réalisé), on aurait trouvé : une boulangerie, un café-casino, des ateliers divers.

Socialiste, Godin entend supprimer les intermédiaires commerciaux en approvisionnant directement et au meilleur prix ses consommateurs ; hygiéniste, il souhaite proposer aux habitants du Palais une alimentation équilibrée et des produits de qualité.

Les premiers magasins ou économats (l’économe en assure la direction) sont édifiés en 1860 en même temps que le premier pavillon d’habitation. Les campagnes de travaux du Familistère associent systématiquement la construction de services à la construction de logements. L’architecture des économats s’apparente à celle d’un atelier industriel. C’est une construction en briques sur un seul niveau dont les quatre ailes forment une cour intérieure ouverte. Les économats abritent à l’origine : les salles d’asile et d’école, une cuisine alimentaire, une charcuterie, un restaurant (aile nord), un débit de boisson, une buanderie, un dortoir pour les ouvriers sans famille (ailes est et ouest), une porcherie, un clapier, une écurie, des remises et des magasins de combustible (aile sud). Faute de clients, le restaurant est rapidement abandonné ; les écoles sont transférées dans un édifice spécifique ; un four de boulanger est construit dans l’aile nord et le dortoir est supprimé. Les économats abritent les « magasins de production » (boulangerie, charcuterie, fabrication de plats cuisinés) distincts des « magasins de consommation » (épicerie et mercerie) installés dans le pavillon central du Palais.

Jusque 1880, les bénéfices des magasins, où sont employées les femmes et jeunes filles du Familistère, reviennent
« au patron ». Quand l’Association du Familistère est créée, les services de consommations sont organisés en coopérative. Les ventes dans les magasins coopératifs s’effectuent soit en payant comptant (en monnaie courante ou en bons de consommation) soit sur carnet après dépôt d’une somme à la caisse. Les bénéfices sont alors divisés entre les membres de l’Association du Familistère et tous les acheteurs sur carnet au prorata de leurs chiffres d’achat.

Les économats sont abandonnés en 1968. La restauration de l’édifice, classé aux Monuments Historiques en 1991, est entreprise en 2000.

L’éducation de tous les enfants dès leur plus jeune âge est le plus précieux des équivalents de la richesse prodigués par le Palais social. L’expérience personnelle de l’autodidacte Godin et sa lecture de Fourier fondent sa conviction qu’une éducation démocratique est la condition de l’émancipation des classes populaires et de la réforme sociale.
Le projet d’éducation intégrale est mis en œuvre avec une ampleur exceptionnelle. A l’achèvement du Palais social, les services d’éducation comprennent :

1° La Nourricerie : enfants de l’âge de 15 jours à 2 ans.
2° Le Pouponnat : enfants de 2 ans à 4 ans.
3° Le Bambinat : enfants de l’âge de 4 à 6 ans.
4° La Troisième Classe : élèves âgés de 6 à 8 ans.
5° La Deuxième Classe : élèves de 8 à 10 ans.
6° La Première Classe : élèves de 10 à 13 ans.
7° Les Cours Supérieurs : élèves les plus doués.
8° L’Apprentissage au sein de la manufacture pour les enfants âgés de 14 ans au moins.

Les services d’éducation sont dispensés gratuitement à tous les enfants habitant au Familistère (au nombre de 320 en 1874). Les frais de fonctionnement et les appointements des éducateurs et des maîtres sont imputés à l’origine sur les frais généraux de l’établissement industriel. La mixité des classes est la règle dès la Nourricerie.

Dans le Palais unitaire, l’école est comme un prolongement de l’appartement ; elle est intimement associée à l’habitation. Une crèche et un asile sont ouverts dans le premier pavillon d’habitation dès 1861. Mais l’expérimentation n’est pas toujours immédiatement couronnée de succès. Les institutions de la petite enfance ferment en 1862. Pour Jean-Baptiste-André Godin et Marie Moret, elles sont déterminantes dans le processus d’acculturation des familles à un nouvel environnement social. Le temps est mis à profit pour convaincre les habitants des avantages de la nourricerie et du pouponnat qui sont réunis en 1866 dans un édifice spécial au nord du pavillon central du Palais social.

L’édifice abritant la Nourricerie et le Pouponnat communique de plain-pied et à couvert avec la cour du pavillon central du Palais social. La construction en briques comprend un seul niveau élevé sur un soubassement. Les multiples versants des toitures autorisent un éclairage zénithal de la totalité des intérieurs. Une galerie extérieure de promenade soutenue par des colonnes de fonte, couverte sur deux côtés, contourne l’édifice.

On trouve à l’intérieur : la salle d’enseignement du Pouponnat, l’espace de promenade de la Nourricerie et la salle des berceaux. La cohabitation des nourrissons avec les poupons est un facteur d’émulation dans l’apprentissage de la propreté ou de la marche et, déjà, de la solidarité. L’équipement des institutions du Familistère est l’objet d’une attention singulière de la part de Jean-Baptiste-André Godin qui en conçoit les détails du mobilier : les dispositions matérielles adaptées aux besoins de chacun favorisent le progrès moral ou intellectuel. Les berceaux de la Nourricerie sont fabriqués à l’usine : leur structure métallique est aérée, leur matelas isolant et absorbant est constitué de son régulièrement renouvelé. Le promenoir de la Nourricerie ou les sièges de nourrissons s’inspirent du mobilier des nouveaux asiles parisiens. Le matériel d’apprentissage de la lecture et du calcul du Pouponnat prend modèle sur les systèmes les plus avancés. Les jouets ont aussi une place dans une pédagogie qui fait du plaisir une ressource éducative.

La Nourricerie-pouponnat est détruite en 1918. Elle ne sera pas reconstruite. Il est possible que son exposition au nord, à l'ombre du pavillon central n’ait plus été jugée satisfaisante sur le plan de l'hygiène et du confort des enfants.

Le Palais a son théâtre. Lieu du divertissement, il est aussi la salle de l’enseignement supérieur du système éducatif du Familistère. Il forme avec les écoles un groupe destiné à l’éducation intégrale et permanente des habitants. Sa position en face du pavillon central d’habitation et dans l’axe de la nourricerie et du pouponnat montre clairement que le théâtre est un pôle dans l’organisation de la cité. C’est le temple de la société familistérienne.

Le théâtre et les deux premiers bâtiments d’école sont construits en 1869 et inaugurés le 2 juin 1870, le jour de la fête du Travail reportée à cette date pour l’occasion. Le théâtre et les écoles sont séparés par deux préaux dont l’un est couvert. Deux bâtiments d’école supplémentaires sont édifiés en retrait des précédents en 1882. Les façades et toitures de l’ensemble des constructions ainsi que l’intérieur du théâtre sont classés au titre de la loi sur les Monuments Historiques.

Le théâtre comprend un espace d’accueil avec un foyer à l’étage et une salle de spectacle à l’italienne. Une élégante structure en fonte de fer soutient trois niveaux de balcons. La scène, profonde, est équipée d’une machinerie complète. Après 1918, un édicule est édifié contre la façade arrière du théâtre pour le rangement des décors. La décoration originale de la salle est extrêmement sobre : les panneaux de bois des balcons sont nus, de simples bec à gaz assurent l’éclairage, les sièges sont de simples bancs mobiles qui permettent de libérer le parterre. La décoration peinte et le lustre sont des enrichissements postérieurs à 1918. Les fauteuils sont dessinés par l’usine du Familistère en 1928. La salle accueille un millier de spectateurs en 1914. Sa jauge est réduite à 450 places après l’installation des fauteuils.

L’Association coopérative du Capital et du Travail tient au théâtre ses assemblées générales annuelles, J.-B.-A. Godin y prononce ses conférences à l’usage des habitants adulte, la Société musicale peut y répéter et donner des concerts. C’est là qu’ont lieu les leçons générales, les cours de déclamation et les représentations des différentes classes d’élèves.

Les écoles accueillent les enfants des deux sexes de l’âge de 4 à 14 ans. Les dispositions architecturales des classes sont réfléchies pour le plus grand confort des enfants. L’espace doit être vaste, l’aération suffisante, l’éclairage naturel ou artificiel ne doit pas être éblouissant. L’ergonomie du mobilier est spécialement étudiée. J.-B.-A Godin met au point une approche statistique en mesurant l’ensemble des enfants du Familistère selon leur classe d’âge. Les pupitres sont dessinés et fabriqués à l’usine d’après ces données objectives.

Une société musicale est créée au Familistère en 1859 dès la construction du premier pavillon d’habitation. La formation anime toutes les fêtes du Familistère. En 1872, elle devient une harmonie réputée dont la fonction est éducative, sociale – la maîtrise de l’instrument valorise le familistérien au sein de la communauté – et commerciale, puisque les musiciens se déplacent dans les foires-expositions où expose la Société du Familistère.

Un premier kiosque en bois est bâti en 1860 au milieu du parc aménagé au nord et à l’ouest du Palais social projeté. Il est reconstruit en bois vers 1900 puis en maçonnerie et charpente métallique après 1918. Le kiosque à musique est classé en 1991 au titre de la Loi sur les Monuments Historiques.

L’appellation de « lavoir-piscine » peut laisser croire que le programme de l’édifice est hétéroclite. Il est doté en réalité d’une forte cohérence. Le lavage du linge et des corps est, de même que l’exercice de la nage, une contribution à l’hygiène et à la santé des habitants du Familistère. Par ailleurs, l’économie générale de la réalisation du Familistère nécessite que soient réunies dans une même construction les fonctions grandes consommatrices d’eau chaude : lessive, bains douches, piscine. En outre, l’hygiène de l‘habitation tout comme la natation sont l’objet d’un apprentissage. Ce bâtiment de services est aussi une construction à vocation éducative.

L’entretien du linge est proscrit à l’intérieur des appartements du Palais social. Jean-Baptiste-André Godin a lu les rapports des médecins hygiénistes qui enquêtent en France après les épidémies de choléra de 1832. Les descriptions de Louis-René Villermé ou d’Eugène Buret confirment son expérience personnelle des conditions matérielles de la vie ouvrière. L’humidité provoquée par cette activité domestique, couplée à une aération insuffisante des logements, est une cause directe de maladie ou de mortalité. L’air circule naturellement à travers les appartements du Palais social et un édifice particulier est dévolu au service collectif de lavage et de séchage du linge. La toilette des corps s’opère également à l’extérieur des logements, dans les cabinets de bain ou de douche situés soit au rez-de-chaussée du Palais social soit au lavoir-piscine. L’existence d’une piscine est justifiée par la présence de l’Oise et la nécessité de prévention des risques de noyade par l’apprentissage de la natation ; elle se comprend également comme la volonté de favoriser l’exercice - et donc l’hygiène - des corps.

Le lavoir-piscine, plus proprement appelé buanderie-piscine, est construit en 1870 sur la rive droite de l’Oise. Le bâtiment en briques comprend à l’ouest (côté Palais social) un atelier collectif de buanderie surmonté d’un séchoir du linge par mauvais temps, et une piscine à l’est (côté usine). La façade nord du lavoir et de la piscine est flanquée de cabinets de bains. L’implantation de l’édifice en contrebas de la manufacture permet d’alimenter buanderies, bains et piscine avec l’eau chaude produite par les machines à vapeurs de la fonderie. Le recyclage des eaux industrielles est assuré par des conduites en fonte de fer qui desservent également le jardin d’agrément. La situation du lavoir-piscine à mi-chemin de l’usine et du Palais social facilite l’usage des bains par le personnel de la fonderie quittant l’atelier pour rentrer au Palais.
Le lavoir ou buanderie est un hall à trois nefs séparées par deux files de poteaux en fonte. Des ouvertures nombreuses permettent d’éclairer et d’aérer la salle. Les eaux sales des postes de lavage sont récupérées par les rigoles d’écoulement qui parcourent le sol.
Au-dessus de la buanderie, et de mêmes dimensions que celle-ci, se trouve le séchoir. Il accessible depuis la buanderie par un escalier intérieur. L’espace est ventilé par des ouvertures à claustra : une grande baie occupant tout le pignon de la façade ouest et des percements placés sous la sablière de la charpente sur les façades nord et sud.

L’entrée de la piscine est abritée par un porche formant la façade est du bâtiment du côté de l’usine. La partie de la construction abritant la piscine est aveugle mais dispose d’un éclairage zénithal et d’une aération en toiture. Un bassin de 50 m² et profond de 2,50 m occupe la majeure partie de la surface au sol. Il est équipé d’un plancher mobile en caillebotis qu’un treuil peut relever jusqu’à la surface de l’eau. Les enfants des différentes classes d’âge peuvent ainsi sans danger s’adonner à la baignade. Ici comme dans les autres parties du Palais social, l’ingénierie des constructions vise la satisfaction des besoins de chacun.

Au XXème siècle, des transformations vont affecter l’architecture du lavoir-piscine. Le porche d’entrée de la piscine est détruit (après 1920) ; le séchoir est amputé d’une travée pour créer une terrasse dominant le bassin de baignade (vers 1925) ; la création de vestiaires contre la façade nord de la piscine (en 1951) détruit une partie des cabinets de bains. Abandonné en 1968, l’état sanitaire de l’édifice va progressivement se dégrader ; à la fin du siècle, le lavoir-piscine est dangereusement ruiné. Il est entièrement classé en 1991 au titre de la loi sur les Monuments Historiques. Sa restauration est entreprise en 2004.

Parcs, promenades et jardins sont au Familistère des prolongements du logis. Ces équivalents de la richesse remplissent des fonctions esthétiques, récréatives, hygiéniques, économiques et éducatives. Le Jardin d’agrément en est le plus remarquable recueil. Il est à plusieurs titres le jardin historique du Palais social : il existe avant la construction de la cité, son aménagement pittoresque veut évoquer un état primitif de la civilisation, il présente un condensé de l’histoire du site, c’est un lieu privilégié de la mémoire du Familistère.

Le terrain en forte pente se situe sur la rive droite de l’Oise entre l’usine et le Palais. La partie basse du jardin est acquise et aménagée en 1856 pour l’usage privé de Jean-Baptiste-André Godin, avant que soit décidée la construction du Palais social. Il est intégré au projet du Familistère dès 1858. Une parcelle contiguë au nord est acquise et aménagée par l’Association coopérative du Capital et du Travail après 1880 pour former un ensemble paysager de 1,2 hectares. Cet espace non bâti tient la cité à distance des fumées de l’usine ; les habitants s’y détendent à l’écart de l’agitation du Palais.

L’agrément du jardin tient à l’aménagement pittoresque de la partie la plus accidentée du terrain et à la succession des zones arborées et des espaces dégagés. Une hutte en bois avec couverture de chaume, peut-être construite dès 1856, constitue l’attraction de la partie ouest du jardin. Le vis-à-vis de ce pavillon rustique et de l’habitation des temps modernes - le Palais - est un raccourci de l’histoire de l’habitation humaine auquel Jean-Baptiste-André Godin consacre un long chapitre dans Solutions sociales (1871). La silhouette du donjon du château des ducs de Guise, qui apparaît par-dessus les toits du Palais, complète la signification du paysage. Trois bassins à l’architecture variée se succèdent dans le sens de la pente vers l’Oise. Le mobilier comprend des statues, répliques d’œuvres réputées, des vases et bancs en fonte de fer produits par la manufacture de Guise.

Le jardin d’agrément du Familistère est aussi un jardin de rapport. Des arbres fruitiers sont plantés à partir de 1880. A l’est, où la pente du terrain est plus douce, est cultivé dès l’origine un potager. Une serre est rapidement construite ; une seconde serre sera rapportée après 1945. Le potager collectif devait approvisionner à moindres frais les magasins du Palais social en légumes. Le rôle du potager dans l’économie domestique familistérienne va s’effacer au profit d’une fonction éducative. Les premiers locataires du Palais – souvent d’origine rurale – vont, en 1860, obtenir de Godin la possibilité de cultiver des jardins individuels sur les parcelles laissées libres par le projet d’aménagement urbain. Leur initiative rend caduque la production unitaire. Le potager devient un atelier pédagogique pour les enfants des écoles du Familistère.

Le jardin devient un lieu important de commémoration lorsque l’Association érige en 1889 un mausolée sur la tombe de J.-B-A. Godin. Il est élevé à l’extrémité nord du jardin, sur un promontoire d’où l’œil du visiteur peut le mieux embrasser l’œuvre du fondateur du Familistère.

L’activité industrielle fait irruption dans cet espace « naturel » protégé. Le jardin est baptisé par les familistériens le « jardin du haut » ou le « jardin aux pieds noirs ». Du sable de fonderie était en effet utilisé comme revêtement des allées. Surtout, la voie de chemin de fer raccordant l’usine du Familistère à la gare de Guise et au réseau régional va être réalisée en 1900 par l’Association coopérative en pratiquant une longue saignée à travers le jardin. Une passerelle doit être construite par-dessus la voie pour relier la partie haute du jardin où se trouve le mausolée, légèrement désaxé par rapport à la nouvelle allée dont il forme la perspective.

Jean-Baptiste-André Godin meurt au Familistère de Guise le 15 janvier 1888, quelques jours après la mort de son fils Emile (le 2 janvier). Ses funérailles sont civiles. Elles se déroulent le 19 janvier suivant en présence d’une foule nombreuse. Suivant sa volonté, le fondateur du Familistère est inhumé au point culminant du jardin d’agrément. Ce « belvédère » offre une vue panoramique de l’ensemble du site du Palais social. Le 29 avril 1888, l’Association coopérative du Capital et du Travail décide à l’occasion d’une assemblée générale extraordinaire d'ériger un monument funéraire sur la tombe de Godin et une statue sur la place du Familistère. Elle confie l’exécution des deux monuments à l’architecte E. Leclerc, aux sculpteurs Tony-Noël et Amédée Doublemard et au fondeur Maurice de Nonvilliers. L’inauguration a lieu le 2 juin 1889, le jour de la fête du travail reportée à cette date pour l'occasion. Cette volonté des successeurs de J.-B.-A. Godin de magnifier la figure du fondateur du Familistère peut s’expliquer par la nécessité pour l’Association coopérative d’affirmer la continuité de l’entreprise sociale et de revendiquer l’héritage spirituel de l’auteur de Solutions Sociales. Pour plusieurs générations de familistériens Jean-Baptiste-André Godin sera « Monsieur Godin ».

La seconde épouse et collaboratrice de Godin, Marie Moret, est inhumée en 1908 au pied du mausolée. Un petit monument est alors érigé contre la façade postérieure de l’édifice.
Le mausolée du jardin d’agrément est un monument ambitieux. Il se compose d’un obélisque en pierre bleue de Soignies (Belgique) d’une hauteur de 8,80 m et de figures de bronze en ronde bosse grandeur nature. Le programme iconographique est pédagogique. Sur la base de l’obélisque est installé un buste à l’effigie de Godin encadré par deux imposantes figures allégoriques : le Travail et la Famille, qui sont les pierres d’angle de la fondation du Familistère. La Famille est représentée par une mère tenant un nourrisson dans ses bras, un berceau à ses côtés. Le Travail est une allégorie réaliste. Les attributs de la figure du métallurgiste - châssis et « louche » de fonderie en plus de la pince et de l’enclume – le désignent comme un mouleur de la manufacture de Guise. Enfin, une figure laïque de la Résurrection de l’âme, au-dessus du buste du défunt, s’élève sur la façade principale de l’édifice.

Sur les trois autres pans de l’obélisque sont gravées des inscriptions qui reproduisent pour deux d’entre elles des pensées ou exhortations de Godin recueillies vraisemblablement par Marie Moret parmi les papiers laissés par son époux : « Le bien c’est ce qui est utile à la vie humaine. Servir la vie humaine, c’est aimer et servir Dieu » (sur la gauche) ; « Principaux écrits de J.B.A. Godin : Solutions sociales, Mutualité sociale et Association du Capital et du Travail, Le Gouvernement, La République du Travail » (sur la droite) « Venez près de cette tombe lorsque vous aurez besoin de vous rappeler que j’ai fondé le Familistère pour l’association fraternelle. Restez unis par amour de l’humanité. Pardonnez les torts que les autres ont envers vous. La haine est le fruit des mauvais cœurs. Ne la laissez pas pénétrer parmi vous. Que mon souvenir soit pour vous un sujet de fraternelle union. Rien n’est bon et méritoire sans l’amour de l’humanité. La prospérité vous suivra tant que l’accord règnera parmi vous. Soyez juste envers tous, vous servirez d’exemple » (sur la face postérieure).

Au revers du mausolée, le monument à Marie Moret se compose d’un buste en bronze à l’effigie de la défunte (Tony-Noël sculpteur) avec au-dessous la dédicace gravée dans la pierre : «Marie Adèle Moret épouse et fervente collaboratrice de J. Bte. A. Godin, fondateur du Familistère. Née le 27 avril 1840, décédée le 14 avril 1908».

Le Palais imaginé en 1858 est achevé en 1878 avec la construction de l’aile droite d’habitation. De nouvelles constructions vont cependant être réalisées rapidement après cette date. L’accroissement de la population, l’occupation de la totalité des 350 logements disponibles dans les trois ailes du Palais, l’importante modernisation de l’usine entre 1875 et 1880 et la fondation légale de l’Association coopérative du Capital et du Travail en août 1880 ouvrent la perspective d’un développement de la cité familistérienne au-delà de son périmètre initial.

En 1882, l’Association construit un nouveau bâtiment d’habitation et deux bâtiments d’école supplémentaires. Le pavillon « Landrecies » s’élève sur la rive droite de l’Oise, en face de l’usine, le long de la rue du Faubourg de Landrecies (actuelle rue Sadi-Carnot), sur un terrain acquis dès 1859. L’édifice a des dimensions réduites. C’est un simple corps de bâtiment entre rue et jardin comprenant une vingtaine de logements sur trois niveaux. Les appartements des étages sont desservis par deux coursives situées sur la façade postérieure du bâtiment. Au fond de la parcelle se tenait depuis le gazomètre du Familistère. L’installation, jugée trop coûteuse, avait été fermée en 1877. Une passerelle située dans l’axe du portail d’entrée du pavillon Landrecies traverse l’Oise pour permettre à ses habitants de rejoindre directement le Palais social en contournant les économats.

Il est certain que l’extension de la cité altère l’unité d’habitation familistérienne. Le pavillon Landrecies n’offre pas les mêmes commodités que les pavillons antérieurs. Surtout son architecture n’offre pas la même complexité des relations entre ses habitants ; elle ne peut générer avec autant de force le sentiment d’appartenance à la communauté des associés. Le pavillon Landrecies va rester en marge du Palais social. Le bâtiment est aujourd’hui très dégradé.

Le pavillon Landrecies à peine achevé, l’Association coopérative du Capital et du Travail entreprend en 1883 de réaliser un nouveau bâtiment d’habitation au lieu dit « Gisompré », acquis par Jean-Baptiste-André Godin entre 1868 et 1878. La construction est élevée le long de la route de Cambrai, au sud-ouest du Palais social, à l’extérieur de la presqu’île formée par l’Oise et le canal des usines sur laquelle avait été fondé le Familistère.

Le pavillon Cambrai est le dernier immeuble d’habitation construit par la Société du Familistère. Il est aussi le plus vaste. Il comprend près de 150 appartements. Le pavillon Cambrai reprend la plupart des dispositions des édifices du Palais (escaliers dans les angles, coursives, appartements traversants sur quatre niveaux). Il se distingue cependant par sa cour à ciel ouvert. La volonté d’adapter le dispositif constructif aux souhaits des habitants, l’excessive portée requise pour la charpente et l’existence de trois cours couvertes pour abriter les fonctions sociales familistériennes ont pu conduire à cette transformation du modèle architectural. A un degré différent du pavillon Landrecies, le pavillon Cambrai est une entorse à l’esprit de l’habitation unitaire. La cour couverte est un espace collectif à caractère domestique. Sa vertu première est de manifester l’unité de l’habitation. La cour ouverte est simplement un espace simplement commun qui fait du pavillon Cambrai un parent de l’immeuble « collectif » du XXème siècle.

Plus conforme aux modes d’habiter du XXème siècle, le pavillon Cambrai est le moins affecté des immeubles du Palais social par la dissolution en 1968 de l’Association coopérative et la constitution de copropriétés privées. Comme le pavillon Landrecies, il a été exclu en 1991 du classement du Palais social au titre de la loi sur les Monuments Historiques. Grâce à des travaux d’entretien réguliers, facilités par des surfaces communes bâties réduites, l’état sanitaire du bâtiment reste convenable. La copropriété a pu réaliser des équipements de confort, comme un ascenseur, qui ont permis de maintenir un taux d’occupation bien plus élevé que celui des autre bâtiments d’habitation du Familistère.

Jean-Baptiste-André Godin crée un premier atelier de serrurerie en 1840 dans son village natal à Esquéhéries (Aisne). En 1846, il installe à Guise une manufacture encore modeste sur un quart d'hectare dans le faubourg de Landrecies au nord de la ville, à l'emplacement que l'entreprise Godin S.A. occupe encore aujourd'hui (rue Sadi-Carnot).

Les premières constructions s’organisent autour d’une cour ouvrant sur la rue. La mécanisation de la fabrication et le développement de la production entraînent d’importantes campagnes de construction à l’est de la cour. Des ateliers spécifiques pour le moulage, l’émaillerie, l’ajustage et le montage, la menuiserie ou l’emballage couvrent bientôt une superficie importante (3 hectares en 1880). Les bâtiments et la cour d’entrée de l’usine se situent désormais dans l’axe du pont construit sur l’Oise pour rejoindre le Familistère élevé sur l’autre rive. Les ateliers sont de simples halles aux murs de brique, blanchis à la chaux à l’intérieur, avec charpente en bois et couverture à deux versants percés d’ouvertures. A mesure qu’augmente le nombre de machines à vapeur productrices d’énergie, le ciel au-dessus de l’usine se hérisse de hautes cheminées fumantes. A partir de 1900, une voie ferrée contourne les ateliers à l’est et au nord pour l’approvisionnement en matières premières et le transport des produits manufacturés jusqu’à la gare de Guise.

Après la guerre de 1914-1918, la Société du Familistère reconstitue une grande partie des constructions sans en modifier profondément l’architecture mais en améliorant l’éclairage zénithal des espaces de travail. Cependant, comme au Palais social où elle reconstruit l’aile gauche sur un mode somptuaire, l’Association coopérative du Capital et du Travail édifie dans la cour d’entrée de l’usine trois bâtiments luxueusement appareillés de briques et pierre pour abriter les nouveaux ateliers des modèles, du nickelage et du polissage.

Une modernisation importante des ateliers a été accomplie par l’entreprise Godin S.A. depuis les années 1990.

En 1860, les premiers habitants du Palais social demandent à J.-B.-A. Godin de consacrer à la culture potagère familiale une partie des terrains qu'il a acquis pour élever le Palais social. Godin est réticent à cette idée. Le jardin individuel caractérise les cités ouvrières qu'il condamne au nom de l'économie sociétaire. Expérimentateur et pragmatique, Godin répond cependant favorablement à la requête de ses locataires. Le potager familial présente des avantages sur le plan de l'hygiène, de l'économie et des relations au sein du foyer. C'est un prolongement très utile du logis lorsque celui-ci n'est pas une maison individuelle mais la cellule d'un habitat collectif.
Une ceinture de jardins individuels va se développer rapidement autour des habitations et de la manufacture. Une partie de plus en plus réduite est encore cultivée aujourd'hui.

A la fin de la Grande Guerre, on dénombre 158 victimes militaires ou civiles parmi la population du Palais social et le personnel de l'usine. Pour honorer leur mémoire, la Société du Familistère choisit d'ériger un monument particulier, distinct de celui élevé à la mémoire des habitants de la ville de Guise morts en 1914-1918.

Le monument est construit sur une parcelle en triangle à l'extrémité du terrain situé devant le pavillon Cambrai entre la rue et le canal des usines, à la place d'une partie des jardins potagers cultivé à cet endroit par les familistériens. Des piliers maçonnés reliés par une chaîne forment l'enclos du monument adossé au canal.

L'exécution des sculptures est confiée à deux statuaires réputés, les frères Jan et Joël Martel qui reçoivent dans cette période de nombreuses commandes de monuments commémoratifs pour les régions dévastées. Le programme du monument aux morts s'inspire du programme du mausolée de Jean-Baptiste-André Godin. De part et d'autre de la statue monumentale d'un ' poilu ', deux bas-reliefs en marbre blanc représentent la Famille et le Travail. De même que sur le mausolée, ces allégories ont un caractère réaliste : la Famille est illustrée par un groupe de femmes et d'enfants devant la façade du Palais social, et le Travail par une scène de moulage dans une fonderie.

Le monument aux morts est inauguré le 17 septembre 1922, en même temps que la statue reconstituée du monument à Jean-Baptiste-André Godin sur la place du Familistère.

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  • 263 Familistère aile droite
  • 02120 GUISE

Faire connaître l'annonce "LE FAMILISTERE GODIN de Guise" à un(e) ami(e)